L’environnement, c’est intersectionnel

L’environnement, c’est intersectionnel

Il est désormais impératif de reconnaitre l’urgence de l’enjeu climatique. On remarque d’ailleurs que les études ayant pour but de souligner cette urgence s’accumulent, ainsi que la volonté de sensibiliser les masses à cet égard. Toutefois, cet engouement vient avec son lot de questionnements quant à l’approche à utiliser pour maximiser le message, voir même quel est le message en soi qui devrait être mis de l’avant. Dénoncer l’inaction face à la situation environnementale, qu’importe l’angle, peut-il réellement avoir des conséquences négatives? C’est ce à quoi l’article suivant tentera de répondre en démystifiant certains points, tout en prenant soin d’expliquer comment l’intersectionnalité doit faire partie de cette conversation.

Tout d’abord, avant d’élaborer sur la légitimité de l’intersectionnalité au discours, une définition s’impose. L’intersectionnalité est une notion conceptualisée par Kimberlé Crenshaw en 1989. Bien que conceptualisé par Kimberlé Crenshaw, l’essence du terme se manifeste chez plusieurs afroféministes remontant jusqu’au 19e siècle, considérant leur double (et parfois plus) marginalisation. En bref, il s’agit d’un cadre analytique assurant une compréhension non-hiérarchique des dynamiques de pouvoir, notamment lorsqu’observées simultanément. Cela signifie que l’intersectionnalité est une vision englobante des oppressions, afin de noter que celles-ci ne sont pas isolées, mais communiquent et s’entrelacent composant ainsi un tout. Victime de sa popularité, les amalgames se multiplient considérablement par rapport à l’intersectionnalité. Assurément, ce texte ne sera suffisant pour tout démêler- ce n’en est d’ailleurs pas l’objectif -mais, il y a tout de même certaines nuances pertinentes à nommer pour bien ancrer le sujet. En premier lieu, c’est important de bien comprendre que non-hiérarchique veut dire centraliser les marges, plutôt que de laisser des voix plus privilégiées taire les spécificités de leur lutte. La seconde nuance est la plus importante à retenir. Il s’agit du fait que l’intersectionnalité est un concept intrinsèquement anticapitaliste. Forgé par les mouvements afroféministes, il est important de ne pas sous-estimer l’importance de la création d’un système équitable avait pour plusieurs de ces cercles. C’est d’ailleurs ce que les propos de Barbara Smith du Combahee River Collective souligne lorsqu’elle partage qu’à son sens le pouvoir de leur union était son essence anticapitaliste, car c’est ce qui lui en donnait son sens révolutionnaire.

Intersectionnalité et environnement:

Comment maintenant prendre ce nœud pour l’appliquer à l’environnement? Assurément la seconde nuance posée prend davantage son sens dans le contexte environnemental, considérant que le modèle économique actuellement dominant est souvent critiqué pour la surconsommation qu’il cause. De plus, la loupe intersectionnelle est nécessaire, car elle permet une considération aux obstacles spécifiques vécues par des communautés marginalisées qui empêchent des choix dits éco-responsables. Un exemple concret de ce phénomène est le fait que l’accès à l’eau potable demeure toujours un enjeu pour plusieurs communautés autochtones et que celles-ci ne peuvent donc pas considérer l’option d’éviter les bouteilles en plastique. Toutefois, la loupe intersectionnelle permet une analyse beaucoup plus poussée. Le capitalisme ne fait pas que mener à la surconsommation. Il faut plutôt voir ce système comme un retrait- voir un vol- de l’autosuffisance, imposant une partie tierce pour subvenir à ses besoins. Cette partie tierce n’est pas que responsable de l’excès, mais en dépend pour demeurer dominant. Autrement dit, le capitalisme équivaut à une incapacité de gérer, mais surtout, d’assurer l’accessibilité à des ressources de façon indépendante. Cette imposition se fait principalement par la désactivation de la collectivité. Ce qui permet de souligner que les communautés racisées et autochtones vivent davantage les impacts de la crise environnementale, car ces codes collectifs leur sont arrachés. Avec cette approche élaborée, les obstacles nommés plus hauts deviennent bien plus qu’une simple addition plus compliquée, mais plutôt une position de certaines communautés créée par le système en veillant à ce que ces populations aient plus de parties tierces. Ce réflexe se voit dans plusieurs enjeux environnementaux souvent analysés individuellement et le placer comme base dans l’analyse de la crise climatique crée des ponts entre diverses oppressions. Parmi celles-ci, l’(in)accessibilité pour les personnes en situation d’handicap représente bien ce point, car on leur requiert de faire des étapes supplémentaires pour subvenir à leurs besoins. L’accessibilité n’est pas d’emblée, car la productivité devient un des seuls facteurs de valorisation sous le capitalisme.

En conclusion, l’intersectionnalité assure une intégration de ces points au discours environnemental, évitant ainsi de reproduire des modèles problématiques au sein même de la lutte. Le retour de l’écofacisme, qui est une idéologie encourageant la violence envers les communautés «du Sud» et l’insensibilité aux obstacles particuliers de communautés marginalisées pour être plus «éco-responsables» sont des exemples des dangereux angles morts qui peuvent arriver sans cet outil analytique.

Lourdenie Jean, fondatrice de L’environnement, c’est intersectionnel

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